La caporale Rebecca Munro – « Nous sommes forts »

C.-B., Services de police autochtones, Voiciquinoussommes

2021-06-21 16:04 HAP

« Nous sommes ici parce que nous sommes descendants de survivants. Nous sommes ici parce que nous sommes forts. » C’est le message que la caporale Rebecca Munro souhaite transmettre aux jeunes Autochtones. Le passé, sans nécessairement les définir, peut les rendre bien plus résilients.

La cap. Munro a grandi à Lytton, et elle est membre de la Première Nation des Nlaka’pamux. Les Nlaka’pamux sont un people autochtone des Premières Nations appartenant au groupe linguistique salish de l’intérieur, au Sud de la Colombie-Britannique. Leur langue s’appelle le Nlaka’pamuxcheen, et le mot « Camchin ou Kumsheen » dans cette langue signifie la rencontre des grandes rivières.

Photo de deux membres de la GRC lors d’une célébration.

Les antécédents de la cap. Munro ont contribué de façon très significative à sa vision du monde. Elle vient d’une famille de survivants de pensionnats, et elle a été élevée par une mère célibataire et par ses grands-parents. « Mon grand-père a passé huit ans dans un pensionnat à Lytton et ma grand-mère en a passé cinq. Mon père a également fréquenté un pensionnat. »

La cap. Munro ne pourra jamais saisir certaines répercussions des traumatismes permanents subis par ses proches en raison de leur expérience des pensionnats. Le pensionnat indien de la collectivité de Lytton s’appelait St George. « Ma grand-mère racontait qu’elle avait toujours faim au pensionnat. C’était très difficile parce qu’elle savait que sa famille se trouvait tout près. Ma grand-mère pouvait voir la fumée sortir de sa maison familiale. Sa famille se trouvait si près, mais elle ne pouvait pas les voir. Et puisque les garçons et les filles étaient séparés, elle ne pouvait pas être avec ses frères. »

Son grand-père a dit que lorsqu’il a quitté le pensionnat, il savait qu’il devait faire un effort parce qu’il ne souhaitait qu’aucun membre de sa famille n’en fréquente un. Par conséquent, il n’a pas enseigné la langue Nlaka’pamuxcheen à ses enfants. « Avec cette génération, on a coupé les liens avec notre langue parce que mon grand-père avait raconté qu’il recevait des coups de courroie lorsqu’il parlait sa propre langue, ce qui a brisé notre lien avec notre culture. » Toutefois, la cap. Munro a récemment saisi l’occasion d’apprendre la langue de ses aînés. Au cours de la pandémie, son oncle et ses deux tantes ont commencé à enseigner la langue virtuellement. « J’aime faire partie de cette revitalisation de la culture de ma famille par l’entremise de la langue parce que la langue est une partie si importante de notre identité. Nous reprenons une partie de nous-mêmes qui a été perdue à l’époque des pensionnats. »

Grâce à l’expérience personnelle de sa famille, la cap. Munro est en mesure de reconnaître les répercussions de longues années douloureuses dont les personnes souffrent encore aujourd’hui. « Les pensionnats ont eu tant de répercussions sur les gens. On perd la capacité d’aimer et d’être aimé. Lorsqu’on est retiré de son foyer, on perd la compassion et les soins que chaque enfant mérite. C’était brisé. À cause de ces abus et de ces traumatismes du passé, les Autochtones sont en proie à la toxicomanie. Dans les services de police, on peut voir la douleur, et la consommation de drogues et d’alcool pour atténuer la souffrance. »

La pêche est l’artère nourricière de la Nation des Nlaka’pamux. « Nous avons nos droits intrinsèques, qui font partie de nous. Lytton est un exemple de l’utilisation des ressources que nous avons. Deux grands fleuves de la Colombie-Britannique passent par la région : le fleuve Fraser et la rivière Thompson. L’endroit de leur convergence s’appelle, dans la langue Nlaka’pamuxcheen, « l’endroit où les grandes rivières se rencontrent ». ‘Camchin ou Kumsheen’ était également le nom original de Lytton. La langue et les noms des lieux jouent un rôle essentiel dans notre culture pour indiquer que nous sommes ici depuis longtemps. Le fait de savoir que nous avons ces rivières, et la vie que ces rivières donnent à mon peuple sont d’une grande importance pour notre culture. »

Photo de la cap. Munro nettoyant du poisson.

La pêche est une partie importante de ses antécédents autochtones, qui contribue à établir des liens avec son peuple. C’est grâce à la pêche que la cap. Munro a établi une relation plus forte avec son père. « Mon père ne jouait pas de rôle important dans ma vie lorsque j’étais jeune en raison de difficultés. Mais nous avons établi une relation que nous avons approfondie en allant à la pêche pour subvenir aux besoins de notre famille. La pêche m’a rapprochée de mon père. »

Au début, la cap. Munro souhaitait faire carrière dans l’enseignement. Elle pensait que si elle devenait enseignante, elle pourrait contribuer à un meilleur avenir pour les enfants, mais elle a réalisé qu’une carrière dans les services de police pourrait atteindre le même objectif. Parmi les facteurs qui l’ont motivée à postuler à la GRC, elle cite le fait que certains membres de sa famille avaient entrepris le processus de demande d’emploi et qu’elle avait vu des policiers autochtones passer dans la collectivité lorsqu’elle a communiqué avec le recruteur autochtone. « J’étais inspirée par le souhait de mon cousin d’aider les autres et par le fait de voir qu’il y avait déjà des Autochtones au sein de la GRC. »

Photo de la cap. Munro avec un chariot tiré par deux chevaux.

Sa famille était fière lorsqu’elle est devenue membre de la GRC. Son grand-père soulignait toujours qu’elle servait de modèle pour les enfants de la famille. « La première fois que mon grand-père m’a vue en tunique rouge était lors d’un pow-wow à Kamloops. C’était un moment extrêmement fort, car il souhaitait toujours que j’excelle, il disait qu’un grand nombre d’enfants m’admiraient. »

Au début, la cap. Munro a été affectée à un poste à Alexis Creek, aux services de police des Premières Nations. Elle souhaitait travailler aux services de police des Premières Nations afin d’assurer la liaison avec la collectivité. Ensuite, elle a été transférée au Détachement rural de Tk’emlúps. Elle aimait beaucoup travailler dans les collectivités autochtones en tant qu’agente de liaison, et elle appréciait aussi les occasions de l’immersion dans les cultures et les expériences dont elle a pu profiter.

La collectivité est une famille. Le thème de la famille est essentiel à l’identité de la cap. Munro en tant que personne et en tant que policière. « Le fait d’être accueillie dans les collectivités était très important pour moi. La collectivité toute entière est ma famille. Tous sont nos oncles et nos tantes. Il n’y a aucune distinction. La famille est vraiment fondée sur la collectivité et il n’y a pas d’étiquettes ».

Après Kamloops, la cap. Munro s’est déplacée au Lower Mainland. Elle y a travaillé comme agente de liaison pour le cas des personnes autochtones disparues pendant presque deux ans avant d’être promue au poste de caporal à titre de recruteuse autochtone dans les Services de police autochtones. De son point de vue, son rôle actuel constitue un retour au point d’origine. « J’ai été recrutée par le recruteur des Services de police autochtones. Je sais que la GRC valorise les Autochtones et souhaite qu’ils soient plus nombreux à rejoindre les rangs de la GRC. Nous aimerions recruter un plus grand nombre de personnes qui souhaitent faire une différence dans leur collectivité. J’ai bénéficié d’un soutien extraordinaire, voire phénoménal. Dans mon parcours professionnel, j’ai accompli des choses que je n’aurais jamais pensé pouvoir accomplir dans la vie. Ma carrière à la GRC a changé ma vie, ainsi que celle de ma famille. »
 
C’est l’inspectrice Dee Stewart, agente responsable des Services de police autochtones, qui a recruté et encadré la cap. Munro. « Je suis Shuswap et j’ai été élevée dans la Première Nation de Bonaparte (St’uxwte’ws), une nation voisine de la collectivité de la cap. Munro. J’ai également travaillé comme recruteuse autochtone pour la GRC pendant huit ans et j’ai eu l’occasion de travailler avec nos collectivités ainsi qu’avec des candidats individuels qui aspiraient à devenir membres de la GRC. Je suis extrêmement fière de voir des Autochtones qui souhaitent devenir membres de la GRC et travailler au sein de nos collectivités. La cap. Munro est une recrue qui a travaillé fort et qui a œuvré auprès de nos collectivités. Désormais, elle s’efforce à aider les autres à atteindre ce type d’objectif. »

Voici le message de la cap. Munro aux jeunes Autochtones : « Nous sommes forts. Faites tout ce que vous voulez vraiment faire. Instruisez-vous et faites entendre votre voix, car pendant de nombreuses années, nous n’étions pas en mesure de nous faire entendre. »


Diffusé par :

Communications, GRC en Colombie-Britannique
778-290-2929
 

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