Une policière de la GRC raconte son expérience et donne son opinion sur le racisme et la discrimination

C.-B., West Shore, Voiciquinoussommes

2020-06-22 11:11 HAP

Récemment, les médias ont demandé à des policiers de partout au Canada, y compris à certains de nos membres de la GRC, de parler de leurs expériences personnelles et de leurs points de vue sur la question du racisme et de la discrimination. Certains policiers de la GRC ont fait part de leurs histoires sur leurs comptes personnels de médias sociaux.

La gendarme Nancy Saggar de la GRC en C.-B. compte parmi ces policiers, et elle a accepté de faire reproduire sur le site Web de la GRC en C.-B. une lettre qu’elle a publiée sur son compte personnel de médias sociaux.

Les récits authentiques et le dialogue ouvert sont des outils puissants pour susciter le changement. Cette question nous concerne tous en tant que Canadiens.

gendarme Nancy Saggar

Je suis policière depuis 11 ans. J’ai l’habitude des critiques publiques à l’égard de mon organisation et des policiers en général. Certaines de ces critiques sont utiles, puisque nous devons maîtriser notre comportement et les pouvoirs qui nous sont confiés en tant qu’agents d’application de la loi. Les organismes de surveillance et les enquêtes indépendantes sont nécessaires et font partie des normes policières canadiennes depuis des années. Le Canada est un chef de file dans ce domaine.

La surveillance indépendante est la bienvenue, mais pas la haine. Il est arrivé que des gens viennent me voir et me fassent directement part de leurs critiques ou de leur haine pendant que je répondais à un appel de service. On m’a agressée, on m’a crié après, on m’a craché dessus et on m’a traitée de noms horribles, tout cela pendant que je portais l’uniforme et que j’exerçais mes fonctions d’agente de police.

Lorsque j’étais une recrue, je trouvais cela injuste. Je fais partie des bons après tout. Mais j’ai ensuite compris que la vie est injuste et qu’il ne faut pas intérioriser la haine des autres. Je me suis habituée à entendre des messages haineux. Je ne m’en préoccupe pas et je me concentre sur le prochain appel de service, parce que je garde à l’esprit les raisons pour lesquelles j’ai choisi ce métier.

J’ai choisi d’être policière, car je me soucie de l’état de notre monde, de notre pays, de notre collectivité et de notre humanité.

Je m’en soucie tellement que je porte les cicatrices du traumatisme et du mal que j’ai vus au fil des enquêtes. Je porte ces cicatrices sont dans ma tête (TSPT) et dans mon cœur, et mon âme s’en trouve à jamais changée. Il y a des parties de moi qui manquent et que je ne retrouverai jamais parce que j’ai choisi de servir et d’être au service de ma collectivité et de mon pays, le Canada.Ne me prenez pas en pitié. Je continue de choisir ce métier parce que je ne perds pas de vue mon humanité et que je vis des rares remerciements que je reçois des victimes de crimes.

Je ne veux pas de votre pitié. Je veux plutôt que vous me promettiez, en tant que Canadien ou Canadienne, que vous traiterez les autres avec le respect et la dignité que tous les êtres humains méritent, y compris les Canadiens qui portent un uniforme d’exécution de la loi.

De nombreuses personnes ont des agents d’exécution de la loi dans leur famille. Je vous prie de bien vouloir appeler ces agents pour vous assurer qu’ils se portent bien. Nous vous dirons probablement que nous allons bien , comme nous tentons de faire bonne contenance. Secrètement toutefois, nous sommes accablés par un discours anti-police qui est carrément dangereux.

Avant de vous faire une opinion sur les services de police canadiens et de publier des commentaires anti-police, faites vos recherches pour comprendre le système canadien et les normes policières strictes que nous observons. Je ne dis pas que nous sommes parfaits; je vous demande de voir la situation dans son ensemble. Nous pouvons faire les changements nécessaires ensemble, sans haine ni violence.

Malgré mon anxiété et ma crainte, et malgré la haine à laquelle je suis confrontée, je me présenterai au travail. Je répondrai aux appels 911, et je traiterai les gens qui appellent avec respect et dignité, peu importe qui ils sont. Au risque de perdre la vie, je serai là quand vous appellerez à l’aide. Après tout, c’est ce que font les personnes aimables et attentionnées : elles sont disposées à aider les autres.

Servir et protéger, c’est la devise que j’ai choisie. Je choisis de servir mon pays, notre pays, le Canada. Et je choisis de le faire sans peur ni haine.

Nancy Saggar
(gendarme, Détachement de la GRC de West Shore)
 

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