Une policière de la GRC raconte son expérience et donne son opinion sur le racisme et la discrimination

C.-B., Voiciquinoussommes

2020-06-15 08:29 HAP

Récemment, le journal Toronto Star a demandé à des policiers de partout au Canada, y compris à certains membres de la GRC, de raconter leur expérience personnelle et de donner leur opinion sur la question du racisme et de la discrimination. Cliquez sur le lien suivant pour consulter l’article en question : Toronto Star. (en anglais seulement).

La sergente Veronica Fox de la GRC en C.-B. compte parmi les policiers qui ont répondu à la demande du Toronto Star. Le texte qu’elle a fait parvenir au journal avant la parution de l’article est reproduit dans son intégralité ci-dessous. Les témoignages personnels et les discussions ouvertes sont des moyens efficaces pour aller de l’avant et promouvoir le changement. Le racisme et la discrimination touchent la population canadienne en entire.

Serg. Veronica Fox

En ce moment, les gens vivant en Amérique du Nord se sentent mal, sont fâchés et effrayés. Le décès de George Floyd alors qu’il était sous la garde de la police a déclenché des manifestations et des troubles civils partout aux États-Unis et au Canada. Certains policiers sont stupéfaits, sentent qu’ils font l’objet de profilage et qu’ils sont injustement scrutés à la loupe en raison d’un certain nombre d’incidents terribles. De nombreuses personnes du grand public luttent pour la première fois pour des enjeux complexes et polarisants comme le racisme systémique, la liberté d’expression, les manifestations publiques et les privileges.

Je suis particulièrement bouleversée de voir ce qui se produit au sud de la frontière. C’est déchirant et scandaleux d’être témoin de la violence et des troubles. En tant qu’agente de police, j’ai peur pour la sécurité de mes collègues et je fais partie des membres du corps policier qui effectuent du bon travail dans des situations difficiles et dangereuses chaque jour pour leur collectivité. De plus, je m’identifie aux membres du public qui sont fâchés et aspirent au changement. Bien que les événements récents me chagrinent beaucoup, je ne peux pas dire qu’ils me surprennent. Cet inconfort, cette inquiétude et cette peur que ressentent les gens en ce moment sont des sentiments vieux et familiers pour moi. Comme personne de couleur et en tant que minorité dans ma collectivité, j’ai ressenti cela toute ma vie.

Je suis née au sein d’une famille multiraciale au milieu des années 1980 et ai vécu toute ma jeunesse dans le Lower Mainland de la Colombie-Britannique. Grandir comme enfant noire en Colombie-Britannique a été difficile. Chaque jour, j’étais isolée et victime de racisme. L’école primaire a été le pire. Ma mère est allée au bureau du directeur un nombre incalculable de fois pour régler des problèmes d’intimidation; j’ai changé plusieurs fois d’école. Rien ne fonctionnait. Bien sûr, je me faisais injurier chaque jour et on me manquait quotidiennement de respect concernant mon apparence différente. Toutefois, il y a eu d’autres incidents plus graves. Une certaine journée, la police a été appelée lorsque deux garçons ont décidé de pratiquer les arts martiaux sur moi. Ils étaient fiers de leurs ceintures noire et brune et ils se sont servi de leurs connaissances pour donner des coups de pieds à mes jambes et les rendre noires et bleues. Je me suis juste tenue debout là et je les ai laissés me battre. L’enseignant auquel j’ai signalé l’incident juste après qu’il se soit produit l’a ignoré. Plus tard, le directeur m’a demandé ce que j’avais fait pour déclencher l’attaque et a remis en question l’origine de mes blessures. La policière qui a enquêté à l’époque n’avait pas accès à beaucoup des options dont nous disposons aujourd’hui pour régler comme il se doit ce type de problème. Il n’y a pas eu de réelles répercussions pour les garçons. On a demandé à ma mère de cesser de m’envoyer à l’école avec des vêtements qui exposaient mes jambes, car les bleus rendaient les autres mal à l’aise; elle a refusé d’accéder à cette requite.

La première fois que je me rappelle avoir été désignée par le mot commençant par la lettre N, c’était en 3e ou 4e année. Ce mot a été prononcé par un collègue de classe avec tant de venin dans la voix que j’en ai été stupéfaite. Je ne me suis pas défendue lorsqu’il m’a craché au visage; j’ai juste enduré. Je n’ai pas parlé de cet incident à mes parents.

Puis est arrivé le jour où j’en ai eu assez. J’étais en 6e année. Mon groupe terminait une activité sportive sur le terrain de l’école et une collègue de classe m’a encore lancé ce mot laid. J’ai décidé de répondre et je lui ai lancé la pire insulte à laquelle je pouvais penser : face pleine de boutons. Notre enseignant s’est tourné vers moi et m’a réprimandée devant tout le groupe. Il a par la suite admis avoir entendu l’insulte raciale, mais a décrété que je devais apprendre à garder le silence et à endurer ce type d’injure.

Lorsque j’ai décidé de devenir agente de police, pour la première fois de ma vie, j’ai compris ce qu’était avoir le pouvoir. Soudainement, je pouvais retirer la liberté à quelqu’un et j’avais la responsabilité d’utiliser une force appropriée. J’ai pris cela très au sérieux; je n’ai jamais oublié ce que c’était, être dans les souliers de mon ancien moi et ne pas avoir de pouvoir. J’ai fini par accepter mes expériences passées avec des figures d’autorité ayant choisi d’abandonner les responsabilités venant avec celle-ci. Je crois que ces expériences ont contribué à faire de moi une policière empathique.
Sir Robert Peel, que plusieurs voient comme le père de la police communautaire moderne, a affirmé que la police est le public et le public est la police; la police n’est constituée que de membres du public qui sont payés pour porter attention à temps plein aux devoirs incombant à chaque citoyen dans l’intérêt de l’existence et du bien-être de la communauté . Oui, la police détient le pouvoir, mais nos avocats, nos juges, nos enseignants et nos directeurs l’ont aussi. Au bout du compte, la situation actuelle ne concerne pas juste la police. Elle a aussi trait à ce qui se passe dans les salles de classe, dans les palais de justice, dans les salles de conférence de la direction, à la banque ou au supermarché près de notre résidence. Nous sommes tous responsables de contribuer au bien-être de la communauté. Cela commence avec de l’ouverture, de l’acceptation, de la gentillesse et du dialogue.
Le racisme manifeste que j’ai vécu dans la collectivité lorsque j’étais enfant s’est calmé et est devenu un racisme sous-jacent dans ma vie d’adulte. Le fait est qu’il arrive qu’un volcan inactif entre en éruption, comme nous en avons été témoins récemment. J’espère que, quand la poussière retombera, les gens n’oublieront pas facilement leur inconfort actuel, et qu’ils s’en serviront pour améliorer notre société.

J’ai l’espoir que les personnes raisonnables ne laisseront pas leur colère actuelle, justifiable, à propos des cas de violence et de destruction dissimuler leur volonté de participer au dialogue et de résoudre les enjeux sous-jacents plus importants. J’espère que la police canadienne continuera à mettre l’accent sur la valeur des services de police communautaires et que les civils détenant du pouvoir dans nos collectivités feront ce qu’ils peuvent pour rendre la société plus équitable.

Sergente Veronica Fox, BA MA DPS

Diffusé par :
Communications, GRC en C.-B.
778-290-2929

Suivez-nous :
Date de modification :